Souveraineté des données : comment le COMEX peut-il passer concrètement à l’action ?
29 juillet 2026
Pendant longtemps, la souveraineté des données a été perçue comme un sujet abstrait, une affaire de spécialistes ou une simple ligne sur la feuille de route de la DSI. Pourtant, à l’ère de l’intelligence artificielle et du multicloud, la réalité du terrain rattrape toutes les organisations. La souveraineté n’est plus une option sécuritaire : c’est un enjeu business stratégique et un pilier de la liberté d'entreprendre.
Lors de l’édition 2026 de Viva Technology, j’ai eu l’occasion de partager ma vision du sujet lors d’une table ronde sur le stand d’OVHcloud. Loin d'être une barrière pour se barricader, la souveraineté est le garant de la maîtrise de vos processus-clés et de vos décisions.
Voici pourquoi, et comment, la direction générale doit s'en emparer.
1. La souveraineté n'est pas un sujet IT, c'est un sujet Métier et Décisionnel
Le premier piège consiste à renvoyer la souveraineté aux équipes techniques en leur demandant simplement de choisir une solution d'hébergement. C'est prendre le problème à l'envers.
La souveraineté concerne avant tout les données, et les données sont l’essence même du business : données clients, données collaborateurs, contrats, processus financiers. Plus encore, c'est un enjeu crucial pour la prise de décision.
En effet, les comités de direction prennent des décisions sur la base de données traduites en tableaux de bord. Si on ne maîtrise pas ces données, on ne maîtrise pas ses décisions.
Avec l'arrivée de l'intelligence artificielle générative, les comités de direction demandent désormais des analyses en langage naturel, directement connectées à leurs bases de données, sans passer par la DSI. Si ces données stratégiques sont hébergées ou traitées sans garanties souveraines, c'est toute la gouvernance et la confidentialité de l'entreprise qui sont exposées.
2. Acculturer, former aux bons usages et lutter contre le Shadow IA
La souveraineté ne se décrète pas uniquement au niveau de l'infrastructure globale ; elle se joue dans les usages quotidiens de chaque collaborateur.
Nous échangeons tous des données via des outils collaboratifs comme Teams ou des messageries d'entreprise. Chaque utilisateur doit être conscient que la souveraineté commence par une question simple : « Qu'est-ce que je partage, où cela va-t-il, et qui peut y avoir accès ? »
Ce défi est exacerbé par le phénomène du Shadow IA (l'utilisation non contrôlée d'outils d'IA générative grand public par les employés). Envoyer des données d'entreprise ou des comptes-rendus de réunions dans un LLM tiers non souverain revient à abandonner la propriété intellectuelle de l'entreprise. La souveraineté doit donc devenir un réflexe quotidien, soutenu par un effort massif d'acculturation et de formation des équipes (consultants, managers, forces commerciales).
3. Comment démarrer ? La cartographie des risques et des dépendances
Pour une organisation qui souhaite reprendre le contrôle, par où commencer ? Nous recommandons une approche pragmatique en trois étapes :
Étape 1 : Catégoriser et cartographier les données
Il est impossible de tout sur-protéger. L'entreprise doit identifier ses données critiques. La question à poser au niveau du Comex est simple : « Monsieur le PDG, si demain toutes vos données disparaissent, lesquelles vous feraient défaut pour continuer votre activité ? ». Cela doit être le point de départ de votre stratégie.
Étape 2 : Évaluer la dépendance aux fournisseurs
Dans un monde d'architectures hybrides et de multicloud, la souveraineté pose la question de votre liberté face aux éditeurs. Si un fournisseur cloud étranger décide d'augmenter ses tarifs de 7 % par an, ou si un État lui impose de restreindre ou suspendre ses services en Europe, quelle est votre alternative ? Gérer la souveraineté, c'est gérer ses dépendances logicielles pour ne pas subir de verrouillage technologique (vendor lock-in).
Étape 3 : Anticiper la souveraineté dès le cadrage des projets
La souveraineté ne doit pas être un filtre que l'on ajoute à la fin d'un projet IT. Dès le cadrage métier d'un nouveau projet (notamment en IA), il faut définir le caractère sensible des données et choisir l'architecture adaptée : interne (on-premise), cloud public, ou cloud souverain (qualifié par des référentiels solides comme SecNumCloud en France ou les standards de l'ENISA en Europe).
4. Auditer les accès : Qui, quoi et pourquoi ?
Savoir où sont stockées les données est une chose, savoir qui les consulte en est une autre. Une bonne pratique indispensable pour maintenir sa souveraineté consiste à mener des audits réguliers des droits d'accès (au moins une fois par an).
Il ne s'agit pas seulement de lister « qui a accès à quoi », mais de comprendre « pourquoi ». Trop souvent, les audits révèlent des failles majeures dans la gestion des droits. Or, si les résultats de l'audit ne sont pas suivis d'actions concrètes, le problème reste entier. C'est ici que le rôle du management est clé : pour que la souveraineté soit respectée, elle doit être portée par un sponsor de niveau Comex capable d'arbitrer et de débloquer les moyens nécessaires.
Souveraineté rime avec Confiance et Efficacité
Il existe un biais qui consiste à penser que la souveraineté des données n'apporte que des contraintes. C'est le contraire. La souveraineté doit être lue sous le prisme de la confiance : confiance dans ses données, dans ses prestataires et dans ses choix.
Bien maîtriser ses données (savoir où elles sont, garantir leur intégrité et leur qualité) est précisément ce qui permet aux algorithmes et aux LLM de bien fonctionner. En couplant la souveraineté à des principes modernes comme le Zero Trust ou l'interopérabilité, l'entreprise ne se barricade pas : elle s'assure la liberté de choisir les meilleurs outils du marché, de pouvoir en changer à tout moment, et de rester seule maîtresse de son avenir numérique.
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La souveraineté des données ne se limite pas à leur localisation. Pour garantir des décisions fiables et des usages de l'IA performants, vos données doivent être sécurisées, accessibles et correctement gouvernées. DEEP vous accompagne dans la gestion et l'administration de vos bases de données afin d'assurer la disponibilité, l'intégrité et la maîtrise de vos données stratégiques.

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